Le portail du golf en Méditerranée
La guerre du golf
Un vrai boom ! D’ici à 5 ans, l’industrie golfique devrait connaître un essor sans précédent. Parmi les principales régions concernées, l’Europe et la Méditerranée semblent bien parties pour rafler de nouvelles parts de marché. Car avec près de 3 000 nouveaux parcours pour près de 3 millions de nouveaux pratiquants prévus en 2020, le tourisme golfique dans ces régions est promis à un avenir radieux.
Une tendance que les participants du dernier «Golf Business Forum» organisé en juin dernier à Prague ont eu tout loisir de vérifier. Selon l’étude rendue publique à cette occasion par le cabinet d’audit international KPMG, l’Europe, le Moyen-orient et l’Afrique compteraient à ce jour 4,1 millions de pratiquants réguliers pour environ 6 750 parcours recensés. «Mais avec une croissance de la demande de l’ordre de 6% par an et une progression de l’offre de 4%, dans quinze ans, ce sont plus de 7 millions de golfeurs qui se verront proposer plus de 10 000 parcours (…) De fait, la construction de parcours s’étend partout dans le monde, aussi bien pour favoriser l’investissement immobilier que pour développer le tourisme local. Un développement motivé par la demande croissante de touristes golfeurs à la recherche de nouvelles sensations».
L’Espagne en leader
A tout seigneur, tout honneur, c’est l’Espagne qui paraît aujourd’hui la mieux armée pour affronter l’offensive de cette nouvelle concurrence. Engagée dans la bataille depuis près de 20 ans, la péninsule ibérique (au contraire de la France et de l’Italie) peut se targuer d’une solide expérience dans le développement de complexes golfiques. Avec ses 310 parcours pour 280 000 licenciés (chiffres janvier 2006), le business du golf rapporte chaque année près de 2,4 milliards Û par an grâce à la venue de près de 500 000 touristes golfeurs.A l’inverse des premiers parcours aménagés au début des années 80, les projets actuels mobilisent des investissements énormes. Près de Saragosse, c’est un programme de 15 000 logements adossé à un parcours 18 trous qui vient d’être mis en route. Dans les environs de Murcia ou d’Alméria, des milliers de nouvelles résidences sont en cours d’aménagement à l’initiative des plus grands groupes de promotion immobilière associés pour l’occasion à des opérateurs hôteliers d’envergure internationale tels qu’Intercontinental ou NH Hoteles. Au total, une centaine de nouveaux projets vont générer, d’ici 2008, la mise sur le marché de 30 000 nouveaux logements. Un déploiement de force actuellement inégalé en Méditerranée.
Le Portugal affûte ses armes
Principal challenger de l’Espagne, le Portugal élu «meilleure destination golfique 2006» grâce à ses terrains de l’Algarve, entend tirer son épingle du jeu. Selon le président du CNIG (Conseil National de l’Industrie Golfique), Fernando Nunes Pedro, le tourisme golfique a généré en 2005 près de 1,8 milliards d’euros de retombées directes et indirectes (soit 1,25% du PIB). Ses 75 parcours lui permettent aujourd’hui de capter 5% des joueurs européens (0,5% au niveau mondial). Toujours selon les chiffres du CNIG, ce sont 250 000 touristes étrangers qui fréquentent annuellement les golfs lusitaniens pour un total de 1,1 million de parcours effectués. Une fréquentation qui bénéficie d’abord à l’hôtellerie haut de gamme locale, riche en 5 et 6 étoiles. L’essor attendu du secteur donne par ailleurs de nouvelles idées aux responsables du tourisme portugais. Ces derniers envisagent notamment de développer le tourisme résidentiel à l’image de ce qui se fait chez le voisin espagnol. A terme, les spécialistes du secteur prévoient la construction de près de 300 000 habitations (villas pour l’essentiel) destinées à cette clientèle golfique, pour un C.A. prévisionnel estimé à 45 milliards d’euros ! Au niveau régional, c’est l’Algarve qui concentre la plupart des projets d’envergure (4 à ce jour pour 31 parcours existants). La clientèle visée ? Les golfeurs irlandais, norvégiens, allemands, danois, hollandais ou français ne connaissant pas encore les atouts de la destination : ensoleillement, proximité de l’océan, coût de la vie peu élevé, sites naturels de toute beauté… De plus, grâce à l’essor des liaisons aériennes Low Cost, le Portugal devrait rapidement atteindre (voire dépasser) son objectif : doubler le nombre de touristes golfeurs dans les 10 prochaines années. Autre argument plaidant en faveur du pays, le prix moyen du m2 bâti : de 10 à 30% moindre qu’en Espagne.
Les ambitions marocaines
De l’autre côté de la Méditerranée, le Maroc nourrit lui aussi la même ambition : doubler voire tripler le nombre de touristes golfeurs. A l’horizon 2010, le royaume table en effet sur une fréquentation de l’ordre de 172 000 visiteurs, contre moins de 60 000 à l’heure actuelle. Dans le cadre du «Plan Azur», le Maroc va ainsi se doter de 13 nouveaux parcours qui viendront s’ajouter aux 17 existants. Ces nouveaux projets s’accompagnent d’une véritable stratégie. En l’occurrence : augmenter la programmation des destinations golfiques marocaines au niveau des marchés cibles (France, Royaume-Uni, Europe du nord). Comment ? En mettant en exergue les atouts compétitifs du pays : proximité géographique, prestige des parcours et qualité du service. A terme, les autorités souhaitent diversifier les destinations proposées (nord du royaume, sud et ouest) tout en évitant que le tourisme golfique ne devienne une activité touristique saisonnière. Autre facteur clé de réussite : la création d’un club «Produit Golf Maroc» créé à l’initiative de l’O.N.M.T. et associant professionnels du secteur, Fédération Royale marocaine de golf, agences de voyages et hôteliers.
Les chiffres
Chiffres-clés
10 à 50% : la différence entre le prix moyen d’une résidence (appartement ou villa) construite à proximité d’un golf et celui d’une résidence traditionnelle.
Les destinations montantes
Face à ses trois grandes puissances golfiques, une dizaine de pays se livrent actuellement à une lutte sans merci. S’inspirant de l’exemple marocain, le gouvernement turc mise sur la création d’une centaine de nouveaux parcours d’ici 2015. «Seule une augmentation significative de notre offre nous permettra d’attirer un plus grand nombre de touristes golfeurs» reconnaît Ismet Aktekin, membre du conseil des relations internationales à la Fédération Turque de Golf (4 000 licenciés), en faisant référence aux 50 000 pratiquants étrangers (Europe du nord et Royaume-Uni) accueillis en 2005 et 2006. Un constat qui vient d’aboutir au lancement d’une nouvelle stratégie de promotion baptisée «Turquie : votre nouvelle destination golf». Pour l’heure, l’offre turque «positionnée sur le haut de gamme mais à des prix abordables» reste concentrée en bord de mer, dans la région de Belek- Antalya. Une dizaine de parcours aux standards internationaux sont proposés au coeur de complexes golfiques de plusieurs hectares comprenant hôtels 5 étoiles (35 à ce jour), thalassothérapie et centres de remise en forme. Le tout à seulement 3 heures des principales capitales européennes. Prochainement, pas moins de 8 nouveaux parcours devraient sortir de terre. Notamment le Corrnelia Deluxe Resort (18 + 9 trous) dont l’ouverture est prévue en novembre 2006 à Belek, le Kaya Hôtel, le Silence Beach Resort et le Papillon Hôtel à Antalya ou le Vita Park Hôtel (2 x18 trous) qui sera inauguré fin 2006 à Bodrum.
L’Egypte se positionne
A l’instar de la Turquie, l’Egypte souhaite devenir «un paradis pour les golfeurs». Cela grâce à la création de huit nouveaux parcours censés attirer et fidéliser les touristes allemands, britanniques, américains ou chinois. Plus globalement, le ministère égyptien du tourisme entend doubler le nombre de touristes étrangers à l’horizon 2014 (9,5 millions en 2006 dont 2 à 3% de golfeurs). Un objectif réaliste au vu des prévisions avancées lors du World Travel and Tourism Council 2005 : +6% de visiteurs par an entre 2006 et 2015 pour un CA global de l’ordre de 12,2 milliards $ à échéance. Au coeur de cette stratégie, de nouveaux marchés de niche : l’écotourisme, les séjours culturels et bien sûr, le tourisme golfique. D’où l’importance des projets en cours. Car l’Egypte ne compte actuellement qu’une douzaine de parcours répartis en bord de mer, dans le désert et dans des oasis. Une offre trop limitée pour figurer sur la carte des destinations golfiques internationales. Pour y parvenir, l’Egypte a choisi de confier la conception de ses futurs golfs à de grands professionnels : Harradine, Gary Player (Soma’s Bay Cascades Golf Resort) et Nicklaus Design (Palms Hill Club Golf Spa & Resort). Appelé à devenir le plus grand complexe golfique égyptien (18 + 9 trous), ce dernier projet constitue une première pour le pays. Le resort sera en effet adossé à un programme résidentiel destiné à la clientèle européenne (70% des touristes étrangers). Pour rattraper son retard sur le Maroc ou les pays du Golfe, l’Egypte peut également miser sur ses vastes étendues ainsi que les importants moyens financiers engagés par le gouvernement (notamment sur les bords de la mer Rouge et les rives de la Méditerranée). Des efforts salués par l’obtention du prix 2006 de la “destination golfique à découvrir” décerné par l’IAGTO. Côté infrastructure, les terminaux aéroportuaires devraient faire l’objet de travaux d’extension et de modernisation. Mais comme en Turquie à Antalya, ce développement de l’offre golfique reste soumis à la “sécurisation” des régions touristiques pouvant être la cible ponctuelle d’attentats (cf : Sharm el Sheikh).
La Tunisie dans la course
Avec une moyenne de 60 000 golfeurs annuels, la Tunisie espère rapidement doubler le nombre de ses parcours (une dizaine actuellement). Les autorités envisagent pour cela différentes solutions : création d’un label golfique tunisien, organisation d’un trophée national, participation à des salons spécialisés (tels l’IGTM). Les marchés ciblés ? Le Royaume-Uni et ses 1,2 millions de touristes golfeurs, l’Allemagne (500 000), la France (400 000) et les Paysbas (250 000). Car comme le rappelle Omar Chérif, directeur du Golf Citrus à Hammamet (45 trous), «le golf est devenu un motif privilégié de voyage. Le rapport entre le tourisme et le golf est de plus en plus manifeste. Le tourisme golfique peut nous aider à diversifier notre offre, à rentabiliser nos hôtels et à étaler la saison touristique. Il est donc impératif d’augmenter le nombre des parcours à l’instar du Maroc et d’ouvrir de nouvelles lignes aériennes, notamment en direction des pays scandinaves.» L’élève tunisien dépassera-t-il le maître marocain ? Affaire à suivre…
Croatie et Bulgarie en ordre de marche
Après des décennies de relative torpeur, ces deux destinations fourbissent leurs armes. Avec seulement 3 golfs en activité, la Bulgarie, un ancien pays du bloc soviétique, veut rattraper son retard. Basé à Dolna Baya (à 70 km de la capitale Sofia), le nouveau parcours de Borovets, conçu par Jack Nicklaus, s’étend sur 900 000 m2 et 7 000 m de long… Adossé à un resort comprenant hôtellerie haut de gamme, centres sportifs, commerces et immobilier résidentiel, Borovets «représente une opportunité idéale pour les golfeurs à la recherche d’un excellent investissement immobilier» selon Ali Qasir, le directeur du complexe. Comptez 55 000 e pour un appartement d’une chambre, 75 000 Û pour deux chambres (83 m2), soit des prix moitié moins élevés qu’en Espagne à prestations égales. Même constat en Croatie. Selon plusieurs observateurs, le pays devrait connaître l’une des plus fortes progressions sur le marché des destinations touristiques européennes. Plusieurs milliards d’euros d’investissements sont d’ores et déjà programmés dans les cinq prochaines années avec l’objectif de valoriser le potentiel touristique du pays. Premier projet d’envergure, le resort de Porto Mariccio sur la mer Adriatique. Egalement conçu par Nicklaus Design, le programme englobe un hôtel de luxe avec spa (250 chambres – enseigne Kempinski), un centre de remise en forme ainsi qu’un important volet immobilier avec 300 appartements, 90 villas et une marina de 350 places. De quoi combler le manque de structures de ce type : seulement trois parcours en service à ce jour en Croatie pour une dizaine de millions de touristes… Non loin de là, en Italie du sud, c’est la Sicile qui connaît la plus forte progression du parc golfique national. Plus ambitieuse, la Grèce pourrait bien accueillir plus de 3 milliards d’euros d’investissements golfiques sous l’impulsion de sociétés nationales et d’investisseurs étrangers. L’Etat grec instruit en effet 17 projets incluant villas, hôtels de luxe, centre de remise en forme, marinas… répartis dans le Péloponnèse, en Crète, dans le centre et le nord du pays. Dans un cadre tout aussi idyllique, Chypre n’offre à ce jour que trois parcours. Le manque de foncier disponible excluant tout projet d’envergure, tout comme à Malte •
David Danielzik
La concurrence des pays du golfe
Au Moyen-Orient, Dubaï et les autres Emirats Arabes Unis font figure de leader potentiel du marché. Conscient qu’il lui faut d’ores et déjà trouver un palliatif à la baisse de ses réserves pétrolières, Dubaï mobilise plusieurs centaines de millions de dollars dans des infrastructures touristiques et golfiques de premier plan telles que le Dubai Creek Golf and Yacht Club, l’Al Badia Golf Resort, le Nad Al Sheba Club ou le Jebel Ali Golf Resort & Spa. Des parcours regroupés autour d’une stratégie marketing commune : Golf in Dubaï. Sept parcours bientôt complétés par une dizaine d’autres dont le Dubaï Golf City en cours d’aménagement. Au total, ce sont 50 milliards $ qui seront consacrés au développement de l’offre touristique d’ici 2010. Côté infrastructures, une cinquantaine d’Airbus A380 ont été commandés et l’aéroport de Dubaï s’apprête à inaugurer un 3e terminal dans le but avoué d’attirer 15 millions de visiteurs par an (3 fois plus qu’aujourd’hui). Et c’est toute la région qui semble miser sur le golf. A Abou Dhabi, ce sont trois parcours qui sont en cours d’exécution, idem à Oman et Bahreïn.
Les freins au développement
Les conclusions du rapport KPMG mettent en avant la problématique foncière qui limite les projets d’envergure dans l’ensemble des pays de la vieille Europe (à l’inverse des pays d’Afrique du Nord et du sud-est de l’Europe qui offrent des perspectives alléchantes : croissance économique, disponibilité des terrains…) Handicap supplémentaire pour des pays comme la France ou l’Espagne : les impératifs environnementaux (gestion de l’eau…) qui devraient limiter la concrétisation de nouveaux projets. Avec des délais d’instruction rallongés, l’obtention de permis de construire pose également problème, ce qui pourrait fragiliser l’économie golfique de ces deux pays dans les 10 prochaines années. Enfin, les risques liés au terrorisme international font peser de sérieuses menaces sur le développement de l’offre dans la plupart des pays émergents : Maroc, Turquie, Egypte, Tunisie, pays du Golfe.
Epilogue
Au terme de ce tour d’horizon, de grandes tendances se dégagent. Avant tout, le segment de marché visé par les pays du pourtour méditerranéen se résume principalement au touriste d’Europe de l’Ouest (France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pays Bas, Belgique, Suisse, pays scandinaves…) Pourquoi ? Très simple : cette clientèle est massive, riche et géographiquement proche (entre 1 et 3 heures des capitales européennes). 2e constat, ces pays possèdent de sérieux atouts pour séduire cette cible : exotisme, coût de la vie peu élevé, stabilité politique, infrastructures, climat exceptionnel et bien sûr, une offre de golf abondante et de qualité. Enfin, au vu des flux touristiques actuels et des projets golfiques à venir, le bassin méditerranéen se positionne peu à peu comme le leader mondial du tourisme golf. Mais attention, seuls les pays qui auront clairement défini leurs objectifs, mis en place les moyens de les atteindre et affiché une véritable volonté politique de développer le tourisme golfique haut de gamme seront les grands gagnants de cette guerre du golf.
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