Le portail du golf en Méditerranée
Jérémy Pern
Golf et environnement font-il bon ménage ?
Q
ue voulez-vous dire ?
J.P. : c’est un paradoxe. Dans certains cas, le golf est un acte très positif pour l’environnement. Ainsi, 100 hectares de golf utilisent moins d’eau que 100 hectares de maïs. Par contre, si on fait un golf dans la forêt de Fontainebleau, c’est différent ! En fait, tout dépend de l’endroit où l’on veut créer un parcours. Dans le contexte d’une agriculture intensive, il est évident que le golf est positif. Personnellement, quand je construis un golf, j’optimise les atouts environnementaux (marais par exemple) pour que qu’il soit à la fois plaisant pour les golfeurs et pour les défenseurs de l’environnement. Il y a une espèce d’hystérie collective contre le golf par manque de rigueur intellectuelle. Il existe de nombreux «talibans» pour qui tous les arguments sont bons pour s’opposer à tout changement de leur paysage. Or, tous les architectes de golf font le maximum pour améliorer l’environnement plutôt que le dégrader. S’il existe une zone boisée par exemple, je vais la conserver voire l’agrandir pour qu’elle devienne partie intégrante du parcours. Construire un golf, c’est aussi une question de responsabilité. Il y a un mois, je suis allé au Portugal, j’ai refusé un projet car le site avait une faune et une flore très riche. Et si l’on travaille dans des endroits très protégés, on le fait en collaboration étroite avec des écologues, des spécialistes. J’ai un projet dans les Pyrénées sur une zone Natura 2000, j’espère qu’un jour il aboutira.
Le golf participe-t-il au développement économique ?
J.P. : les golfs sont aujourd’hui au centre des zones urbaines. Ils sont devenus les parcs d’autrefois. Prenez l’exemple de Londres :les golfs, bâtis à la périphérie de la ville dans les années 1910-30, sont aujourd’hui entourés de maisons. Or dans ces zones urbaines où vivent de nombreux cadres, le golf, comme le théâtre, l’opéra, le centre commercial, fait partie de l’offre de loisirs. De même, le golf est devenue partie intégrante d’un projet de développement touristique. Si vous construisez une station balnéaire aujourd’hui, il faut qu’il y ait un golf. Si l’on veut caricaturer, mais pas tant que cela, le golf remplit aujourd’hui la même fonction que la piscine de l’hôtel, c’est un plus que l’on offre aux clients. L’Algarve, qui regroupent une quarantaine de parcours sur un petit territoire, reflète cette évolution. L’économie de l’Algarveest basée sur le golf au même titre que l’économie des Alpes françaises est basée sur le ski. Un parcours de golf, des résidences tourisique et un hôtel emploient beaucoup de monde, c’est un facteur évident de développement économique de l’industrie de loisirs. La même évolution est visible à Marrakech, où les projets de golfs fleurissent un peu partout. Le tout c’est de les maîtriser.
Justement, comment trouvez un équilibre entre tourisme et environnement ?
J.P. : si l’on reprend l’exemple de l’Algarve, qui est le résultat d’une réflexion qui date d’il y a une trentaine d’années, c’est l’immobilier qui a triomphé, c’est l’immobilier qui défigure le paysage, ce n’est pas le golf. Pour les Alpes, c’est pareil, ce ne sont pas les pistes ! Aujourd’hui, on fait différemment. J’ai un projet en Croatie où j’essaie de recréer une architecture vernaculaire. Prenons aussi l’exemple assez réussi de Pont Royal, un golf où je suis consultant. Là-bas, l’architecte Chuck Legleron a crée un village provençal avec pas mal d’immobilier le long des fairways. C’est une vision très différente de l’Algarve ou de Marbella. Aujourd’hui, pour tenir compte de l’évolution majeure des comportements et des mentalités, on essaie de garder le village, comme à Pont Royal, mais sans l’immobilier le long du parcours. Les gens veulent avoir une vue sur le golf et non plus une vue sur la maison construite en face du fairway. Golf et tourisme font ménage si l’on propose un ensemble cohérent. Un bon promoteur va choisir un bon architecte pour bâtir un projet durable qui permet de guider les acheteurs vers un autre type de produit. Quand l’immobilier et le golf ne sont pas pensés ensemble, le résultat est rarement bon.
Interview de Philippe Bridoux-Martinet
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