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Côte d'Azur : un siècle de golf
Seuls quelques clubs de golf accueillaient les grands de ce monde et les meilleurs amateurs. Le golf s'est depuis professionnalisé, les parcours se sont multipliés, tout le sud de l'Europe s'est orné de kilomètres de gazon pour accueillir les joueurs du nord tout au long de l'année. à l'heure de la mondialisation des loisirs, de l'élargissement du grand marché européen, quels sont les arguments de la Côte d'Azur ?
Le premier âge d'Or
Suite au lancement de Cannes par Lord Brougham au milieu du XIXe siècle, la noblesse russe ne tarde guère à s'y retrouver, et c'est tout naturellement que le frère du tsar Alexandre III, le Grand-Duc Michel s'y installera pour un exil provoqué par une mésalliance toute relative. Mais il s'ennuie. Parmi ses quelques distractions, la chasse, qu'il pratique volontiers en écosse, oû il découvre le golf, à St Andrews. De retour sur la Côte d'Azur, il cherche un terrain pour construire son parcours, et découvre une vaste pinède à Mandelieu oû seront inaugurés 9 trous le 17 mars 1892, une ébauche du futur “Old Course” de Mandelieu. Un an plus tard, la gare de Mandelieu-La Napoule, tout près de là, accueille le chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée.
La facilité des communications marque à la fois le développement de Cannes et celui du golf : en 1894, c'est le golf de Valescure qui est ouvert, véritable enclave anglaise à proximité de Saint-Raphaël. Car ce sont bien les Britanniques qui ont propulsé le golf sur le continent pour occuper leurs hivers (“à la poursuite des fraises” comme on disait alors), à leur profit et usage exclusif d'abord, avant qu'une élite française ne se prête au jeu. Jusqu'à la Première guerre mondiale, les créations se succèdent : le Golf d'Hyères, celui de Nice à Cagnes-sur-Mer, Sospel (relié par un tramway à Menton), Costebelle et enfin Mont-Agel, seul survivant actuel de ce quintette dévoré plus tard par les appétits immobiliers. Le golf est devenu l'un des “loisirs” favoris de la belle société de ce temps, qui ne parle guère de sport à ce propos. Elle est plus soucieuse d'élégance du style et d'activités physiques sans douleur que de grands bonheurs sportifs et de scores impressionnants, elle porte également peu d'intérêt aux données économiques. à cette époque, construire un golf relève davantage du mécénat et de l'assouvissement d'une passion que d'un investissement rationnel. Et son entretien ne coûte pas plus cher que celui d'une danseuse !
L'entre-deux-guerres
Après le choc brutal et meurtrier de la Première guerre mondiale, la Côte d'Azur va vite reprendre le cours “normal” de son existence. L'aristocratie est de plus en plus concurrencée par les financiers et industriels, dont certains ont largement bénéficié des années de guerre, mais aussi par les vedettes du cinéma ou de la littérature. Devenu trop petit, le golf de Mandelieu est porté à 18 trous par le grand architecte Harry Shapland Colt. C'est encore trop peu pour les 1 000 membres que compte le club en 1925, et les files d'attente s'allongent au départ. C'est alors qu'un groupe de Britanniques et de Français trouve un terrain au pied de Mougins pour y créer un club privé réservé à 300 membres. Parmi eux, les Ducs de Mouchy et de Vendôme, l'Aga Khan, le roi de Suède, Edouard de Rothschild, de riches roturiers comme Guinness ou Weisweiller et une kyrielle de barons d'outre-Manche et de majors de l'Armée des Indes sous la présidence de Lord Derby et l'inévitable Grand-duc russe de service, Cyrille, lui aussi rescapé de l'extermination des Romanov grâce à l'exil. Deux autres golfs apparaissent à l'entre-deux-guerres : Beauvallon en 1923 et Biot en 1930. Ce sera tout pour l'instant, le krach boursier de 1929 et la Deuxième guerre mondiale ayant finalement raison – et pour un bon moment – des loisirs et des oisifs, de la déliquescence luxueuse de la Belle Epoque et des golfeurs, même si ceux-ci vont perpétuer tant bien que mal leur pratique jusqu'à l'occupation de la “zone libre“.
L'après-guerre : le golf sur la Côte en demi-sommeil
1945 n'est pas 1918, et le retour à la paix n'est pas comparable. Les carnages et les destructions ont été encore plus gigantesques au cours de cette dernière guerre, les équilibres économiques, sociaux et politiques ont été bouleversés, les esprits ne pensent plus de la même façon. L'ère des oisifs aristocrates est révolue, la guerre a détruit les privilèges et souvent les revenus, la vieille Europe est dévastée. Et pour parler de manière plus anecdotique du tourisme (et du golf) sur la Côte d'Azur, la plupart des Britanniques se sont absentés du paysage. Les golfs vont devoir s'adapter à un tout autre rythme de vie pour survivre ou se développer, avec une véritable révolution, celle d'un changement de saison !
Jusqu'alors, les parcours de golf étaient ouverts de novembre à fin avril, pour la saison hivernale des Européens du Nord et de quelques Américains. L'arrosage était donc rudimentaire, laissé à l'appréciation du climat saisonnier, la plupart du temps confiné aux greens et le plus souvent manuel. En été, le gazon dormait. Créés en 1936, les congés payés vont reporter la période des vacances vers l'été, et toute la société suivra, quel que soit le milieu social. S'ils veulent répondre à une nouvelle demande, les golfs vont devoir installer l'arrosage automatique, prévoir des ressources en eau, semer les parcours en gazons adaptés à la chaleur estivale, ce qui représente des investissements considérables, souvent disproportionnés aux moyens des clubs.
Certains golfs ne s'en relèveront pas, et il ne restera plus au début des années 1960 que Valescure, Monte-Carlo, Mandelieu, Cannes-Mougins, Beauvallon et Biot. C'est bien peu pour répondre aux nouveaux défis que se sont empressés de relever le Portugal et l'Espagne, qui disposeront des armes pour accueillir les golfeurs du boom économique de l'après-guerre. La Costa del Sol et l'Algarve deviennent les refuges des migrateurs tout au long de l'année, en particulier grâce à des aides économiques immenses (prêts à taux ridicules, terrains à prix bradés, absence de législations écologiques). Des fortunes vont se bâtir, au prix d'un bétonnage sans précédent des côtes, dont les parcours de golf ne sont souvent que le prétexte. Mais ces pays ont compris qu'ils étaient maintenant un argument touristique de premier ordre, comme vont le démontrer les usines à golf de La Manga ou Nueva Andalucía en Espagne, de Vilamoura ou Quinta do Lago au Portugal.
En France, le golf n'est toujours qu'un sport pour les élites, dont aucune instance officielle ne soupçonne le potentiel. Faute d'un vrai projet d'ensemble, il faudra des initiatives aussi individuelles qu'audacieuses pour voir enfin bouger les choses sur la Côte d'Azur. Ainsi vont apparaître Opio Valbonne en 1963, Valcros en 1964, et le “nouveau” Cannes-Mougins, revu, corrigé, allongé, métamorphosé, un golf d'actionnaires qui donnera le coup d'envoi d'un nouveau développement.
Les années 80/90, une débauche d'inaugurations
Suite à une certaine prise de conscience et un efficace lobbying, les pouvoirs publics réalisent que le golf peut non seulement être productif d'emplois et de retombées économiques importantes, mais aussi représenter un “réservoir” d'espaces verts, un garde-fou contre l'urbanisation intégrale du territoire. La révision du schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme en 1987 permet d'identifier des sites pour d'éventuels golfs, au moins dans la région Cannes-Grasse-Antibes, mais ce sont les initiatives privées qui les feront naître. La liste est longue. Dans le Var apparaissent Frégate, Sainte-Maxime, Barbaroux, l'Estérel, Roquebrune, Saint-Endréol, Taulane ou le défunt et délirant Lavandou.
Dans les Alpes-Maritimes, le Riviera, Royal Mougins, Saint-Donat, Le Claux Amic, La Grande Bastide. Des architectes de renom apportent un souffle différent à une “Riviera” longtemps très britannique : Pete Dye, Cabell Robinson, Robert Trent Jones Sr et Jr, Gary Player, Ronald Fream, Robert von Hagge inscrivent dans les paysages du Sud une esthétique à l'américaine, oû il faut pratiquer un “target golf” dont les joueurs traditionnels de la Côte ne sont pas forcément familiers. Certains de ces parcours trouveront vite un équilibre financier, d'autres passeront par plusieurs mains avant de connaître la stabilité. Après cette boulimie de parcours au tournant des années 1980 et 1990, il faudra attendre longtemps pour de nouvelles réalisations. Prince de Provence date de cette époque, mais de nombreux problèmes en compromettent encore le fonctionnement. Quant à Gassin, c'est un vieux projet dont l'accouchement n'a pas été facile non plus, mais le bébé semble en bonne santé.
Du privé au public, des statuts disparates
On rencontre pratiquement tous les statuts possibles parmi les golfs de la Côte d'Azur, du plus privé (Prince de Provence) au plus commercial (l'Estérel, La Grande Bastide, Four Seasons à Terre Blanche), en passant par le golf de membres avec abonnement (Saint Donat), le golf associatif par actions (Cannes-Mougins), le golf réservé aux propriétaires de maisons (Gassin), le golf dirigé par un seul propriétaire (Taulane, Royal Mougins). Seul manque à l'appel un véritable golf public, mis à part celui de Valgarde, formateur de nouveaux golfeurs. Pour s'en charger, quelques “practice golfs” à Nice, ou aujourd'hui le 9 trous du golf de Saint-Philippe à Sophia-Antipolis.
De fait, la plupart des golfs de la Côte d'Azur sont des golfs de membres, quelle que soit la manière de les intégrer. Plutôt que de chasser le visiteur au green-fee, c'est la meilleure façon d'assurer un équilibre économique régulier aux clubs, d'amortir les chocs et aussi de répondre à la demande des joueurs de la région. Car nous ne sommes plus aujourd'hui dans la situation des golfs d'autrefois, qui vivaient principalement des subsides des résidents de la Riviera, entre novembre et avril. Aujourd'hui, plus un golf compte de membres, plus il sera difficile d'accepter des joueurs au green-fee. De plus, la Côte d'Azur a considérablement évolué : son image de région pour des oisifs-retraités n'est que partiellement vraie, c'est également une région très active, et enfin une région touristique, et cette triple vocation la différencie notablement de ses “concurrents”. Le nombre de licenciés dans les clubs par tranche d'âge permet de réaliser cette nouvelle et objective réalité. Si la région PACA compte davantage de joueurs au–dessus de 60 ans que la moyenne nationale, ce n'est que très naturel : on prend plus facilement sa retraite à Antibes qu'à Valenciennes.
Mais pour les autres tranches d'âge, il n'y a pas de distorsion flagrante. De fait, la Côte d'Azur ressemble sociologiquement et économiquement bien plus à la Floride qu'à la Costa del Sol ou au sud de la Turquie. Et la diversité des offres des clubs reflète cette ressemblance.
Face à la concurrence, l'avenir
Quels sont actuellement les grands rivaux de la Côte d'Azur en matière de tourisme golfique ? La Costa del Sol en Espagne, l'Algarve au Portugal, Antalya en Turquie. Leurs caractéristiques, c'est de concentrer dans un périmètre géographique très restreint un grand nombre de parcours, de les situer à proximité immédiate d'hôtels et de résidences hôtelières, et de proposer très souvent plusieurs parcours en un même site (c'est rarement le cas ici). Qui plus est, la construction de ces parcours a été facilitée par des soutiens politiques et économiques importants, par des politiques d'investissement résolues. Enfin, la plupart des golfs dans ces régions ayant peu ou pas de membres, les réservations peuvent se faire longtemps à l'avance, les hôtels peuvent disposer de tranches horaires de départs, et les “tour operators” bénéficier d'une quasi-liberté d'action. Il suffit d'ailleurs de voyager un peu sur Internet pour pouvoir débusquer des offres alléchantes de voyages de golf. Cependant, aucun de ces pays ne peut offrir l'ensemble des arguments de la Côte d'Azur. Autrement dit, celle-ci n'a pas forcément intérêt à se situer sur le même plan que l'Espagne, le Portugal ou la Turquie, et devrait cultiver ses différences. La singularité des parcours, leur diversité esthétique, la qualité du golf et de l'après-golf, la notoriété et le prestige de la Côte d'Azur sont des arguments imparables. Que faire à Faro, Marbella ou Antalya après le golf ?
De fait, bien que de nombreux golfs disposent d'hôtels à proximité immédiate, ils ne correspondent pas exactement à la notion de “resort” initiée par les Américains. Seul le Four Seasons Provence à Terre-Blanche, avec ses deux parcours, son hôtel de luxe et ses terrains à bâtir, sa politique d'accueil, correspond à l'idée la plus moderne que l'on peut se faire de ce type de produit, comme on peut le trouver à Grand Cypress à Orlando ou à Pinehurst en Caroline du Nord.
Mais faut-il pour autant transformer la Côte d'Azur en une autre Costa del Golf ? Les problèmes de topographie (construire un golf coûte très cher), de disposition des terrains et de prix du foncier, de réglementations, de retour sur investissement sont tels que l'on ne saurait couvrir le territoire de parcours. Jouons la différence, la qualité, la personnalité. La Côte d'Azur, c'est la Côte d'Azur. C'est bien plus qu'une terre de golf, mais c'est aussi une région oû le golf constitue un argument non négligeable. On estime à plus de 100 000 le nombre de touristes golfeurs sur la Côte d'Azur, à plus de 800 millions d'Euros les dépenses annuelles pour la population golfique dans la région. On ne vient pas ici pour jouer au golf comme à St Andrews ou à Marbella. On vient sur la Côte pour ses plaisirs, et l'on joue au golf. Et quel golf !
René Bourone
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1 commentaire(s)Pat&CHris
06/01/2009 15:46:57
Merci René pour ce superbe article, qui nous fait revivre les belles années de la Côte
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